Les Etats-Unis continuent d’acheter près d’un quart de leur uranium enrichi à la Russie de Vladimir Poutine, malgré la pression politique exercée sur Moscou. Cette dépendance révèle une fragilité industrielle majeure pour Washington, au moment où le nucléaire retrouve une place centrale dans la sécurité énergétique.
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Washington dépend encore de Rosatom pour 25% de son uranium
Le dossier est sensible, car il touche à la fois l’énergie, la diplomatie et la sécurité nationale. Les centrales américaines ont besoin d’un combustible très particulier, issu d’une chaîne qui commence par l’extraction, passe par la conversion, puis par l’enrichissement. Dans cette dernière étape, les Etats-Unis restent exposés à la Russie, qui fournirait encore environ 25% de l’uranium enrichi utilisé par leur parc nucléaire.
Cette situation ne s’explique pas seulement par le prix. Les exploitants de réacteurs signent des contrats sur de longues durées, car chaque livraison doit répondre à des normes techniques strictes. Changer de fournisseur demande des vérifications, des autorisations et une planification compatible avec les arrêts de maintenance. Le parc américain, qui compte plus de 90 réacteurs, ne peut pas remplacer du jour au lendemain une part aussi importante de son combustible.
Le rôle de Rosatom, groupe public russe, reste déterminant dans ce marché mondial très concentré. La Russie dispose d’installations d’enrichissement puissantes et amorties, capables de livrer des volumes réguliers. L’uranium enrichi russe arrive donc dans un segment où les alternatives occidentales existent, mais restent insuffisantes pour absorber rapidement la demande américaine. Les producteurs européens et américains sont déjà sollicités par de nombreux clients cherchant à réduire leur exposition à Moscou.
La difficulté politique tient au contraste entre les discours et les flux commerciaux. Washington soutient des sanctions contre la Russie, mais ménage des exemptions lorsque l’approvisionnement électrique est en jeu. Une rupture brutale ferait monter les prix, compliquerait la gestion des stocks et créerait des tensions entre opérateurs nucléaires. Pour les autorités américaines, le choix consiste moins à ignorer le risque qu’à éviter un choc industriel immédiat.

Le Congrès finance Centrus et Urenco face à Rosatom
La réponse américaine passe par une relance industrielle. Le Congrès a validé des financements destinés à reconstruire une capacité nationale d’enrichissement, après une longue période de dépendance aux fournisseurs étrangers. L’enjeu dépasse la production électrique actuelle. Il concerne aussi les futurs réacteurs avancés, qui réclament des combustibles plus spécifiques et une chaîne d’approvisionnement jugée fiable par les autorités de sûreté.
Centrus fait partie des entreprises suivies de près, notamment pour le combustible HALEU, destiné à certains réacteurs de nouvelle génération. Mais une usine d’enrichissement ne se résume pas à l’achat de centrifugeuses. Il faut obtenir des licences, recruter des ingénieurs, sécuriser les matières premières, puis convaincre les électriciens de signer des contrats. Cette montée en puissance prend du temps, même lorsque l’argent public est disponible.
Les acteurs installés aux Etats-Unis, dont Urenco au Nouveau-Mexique, peuvent augmenter leurs capacités, mais pas assez vite pour effacer la part russe à court terme. Les industriels réclament des engagements d’achat sur plusieurs années, car les investissements se chiffrent en milliards de dollars. Sans commandes fermes des exploitants, les nouvelles unités risquent de manquer de visibilité financière. Les opérateurs, eux, veulent éviter de payer trop cher une sécurité d’approvisionnement encore incomplète.
Cette dépendance donne à Moscou un levier économique limité, mais réel. La Russie peut utiliser l’incertitude sur les livraisons pour peser sur les prix mondiaux et sur les décisions des acheteurs. Les Etats-Unis cherchent donc à réduire cette vulnérabilité par étapes, sans fragiliser leur réseau électrique. Le rythme dépendra de la rapidité des chantiers, des autorisations réglementaires et de la capacité des compagnies à accepter des contrats plus coûteux pour sortir du combustible russe.

Questions fréquentes
- Pourquoi les Etats-Unis achètent-ils encore de l’uranium enrichi à la Russie ?
- Les centrales américaines dépendent de contrats longs, de normes techniques strictes et d’un nombre limité de fournisseurs capables de livrer de gros volumes. Remplacer rapidement la Russie créerait des risques sur les coûts, les stocks et la planification des réacteurs.
- Les sanctions américaines interdisent-elles totalement l’uranium russe ?
- Washington cherche à réduire cette dépendance, mais prévoit des marges de manœuvre lorsque l’approvisionnement des centrales est menacé. Les autorités privilégient une sortie progressive afin d’éviter un choc sur le secteur électrique.
- Quelles entreprises peuvent remplacer les fournisseurs russes ?
- Centrus et Urenco figurent parmi les acteurs suivis aux Etats-Unis. Leur montée en puissance demande des investissements lourds, des licences, des recrutements spécialisés et des contrats d’achat suffisamment longs pour sécuriser les projets.
À retenir
- Les Etats-Unis achètent encore environ 25% de leur uranium enrichi à la Russie.
- La concentration du marché limite les alternatives rapides pour les centrales américaines.
- Washington finance une relance industrielle autour de Centrus, Urenco et du HALEU.
- Une rupture brutale des achats russes ferait grimper les coûts du combustible nucléaire.




